PETROGRAPHIE
des ROCHES SEDIMENTAIRES
Les roches sédimentaires résultent de la
succession de
plusieurs actions qui se déroulent à la surface
de la
lithosphère et dans sa partie très superficielle
; c'est
pourquoi on parle de roches exogènes. Elles
présentent une
variété et des caractéristiques fort
complexes,
car leur origine tient dans l'existence de l'ensemble des autres roches
affleurant à la surface de la Terre, ce qui rend leur
étude très difficile. C'est pourquoi nous avons
présenté un résumé
simplifié de
leur(s) formation(s) ainsi qu'une classification assez sommaire... Mais
qui vous permettra de ne pas être perdu lorsque vous tomberez
sur
un caillou...
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Etude de la
roche - Milieux sédimentaires - Classification des
roches
sédimentaires (page séparée)
Origine des roches
sédimentaires
Les roches sédimentaires sont tout bonnement le produit du
dépôt et de la compaction
d'éléments
constitutifs, eux-mêmes originaires de la
dégradation
d'autres roches affleurantes, et transportés jusqu'au milieu
de
sédimentation. Elles sont, en bref, une des
conséquences
indirectes de l'érosion au sens large du terme.
Parlons un peu des processus qui conduisent à former une
roche
sédimentaire. Au départ, on a une roche de base
de nature
quelconque. Cette roche va subir immanquablement une
altération
superficielle qui résulte à la fois de processus
physiques (désagrégation mécanique de
la roche) et
chimiques (mise en solution d'éléments de la
roche ou
transformation de ses minéraux). Ces processus sont
gouvernés par :
- la nature de la
roche, sa composition minéralogique et donc sa
résistance, etc.
- l'action
abrasive des agents
météoriques : eau, vent, alternance gel /
dégel,
etc.
- l'environnement
de la roche :
climatique (zone tempérée, tropicale...),
biotique
(couvert végétal, action d'organismes vivants) et
morphologique (pente...), qui va conditionner l'intensité de
l'action abrasive des agents météoriques.
Le quartz résiste très bien à tout
type
d'altération (mécanique ou chimique) de fait il
se
retrouvera fréquemment (et parfois exclusivement) dans les
roches sédimentaires détritiques ; des
minéraux
très instables dans les conditions atmosphériques
(feldspaths plagioclases, olivine, pyroxènes, amphiboles,
grenats...), parce que formés à plus hautes
températures, seront au contraire très facilement
dégradés notamment par l'hydrolyse qui est la
forme la
plus fréquente d'altération chimique. Elle résulte
de l'intéraction entre la roche et une solution d'attaque selon
la réaction : Minéral I + solution d'attaque >
Minéral II + solution de lessivage. Les minéraux
secondaires sont la plupart du temps des argiles, stables dans les
conditions de surface, et qui seront également très
abondants dans les roches sédimentaires. D'autant qu'à
partir de la solution de lessivage, d'autre minéraux peuvent
précipiter : ce sont les minéraux
néoformés, eux aussi des argiles la plupart du temps.
Vient ensuite la question du transport des
éléments
résultant de la fragmentation de la roche. Si ceux-ci
restent en
place, on peut avoir fréquemment une sorte de manteau
d'altération meuble recouvrant la roche-mère. Les
constituants de celle-ci se retrouvent dans ce manteau, sauf qu'ils ne
sont plus liés les uns aux autres ; c'est un cas
fréquent
dans notre région pour les granites, la roche
fraîche
étant souvent recouverte d'une épaisseur
(atteignant
plusieurs mètres parfois) d'arène granitique,
sable de
même composition que le granite et issu de la
désagrégation de ce dernier. Le
lessivage de
l'arène par les eaux de surface conduit à
individualiser
des boules de granite formant parfois de spectaculaires chaos
granitiques (cliquez pour agrandir) :
Si l'altération chimique est
prépondérante, on
peut parfois obtenir une transformation totale de la roche sans que
celle-ci ne soit transportée ; elle reste en place mais
change
de composition minéralogique, sous certaines conditions. On
parle d'altérites, fréquentes en climats
tropicaux et
équatoriaux par exemple.
Mais le plus souvent, les éléments issus de la
désagrégation des roches (on parle souvent de
clastes)
sont pris en charge par les eaux courantes et transportés
sur
des distances plus ou moins longues, par quatre processus
différents selon leur taille mais aussi selon la vitesse du
courant :
- roulage : les
fragments sont charriés sur le fond des cours
d'eau
- saltation : les fragments
sont pris en
charge par le courant, qui les transport d'un point du fond
à
l'autre, et ainsi de suite
- suspension : les
éléments
sont en suspension dans le courant et ne tombent pas au fond
- solution : les
éléments sont transportés sous forme
d'ions dissous dans l'eau
Les différentes relations entre taille des fragments et
vitesse
du courant sont donnés par le digaramme de
Hjulström :
Après lecture de ce diagramme, on se rend compte que si la
vitesse du courant diminue, on va commencer à pouvoir avoir
un
dépôt des particules, et de particules de plus en
plus
fines au fur et à mesure que la vitesse
décroît.
Ainsi, en milieu agité, les éléments
les plus
grossiers (> 1 cm) seront déposés ; en
milieu moins
agité, les éléments plus fins (0,1
à 1 mm)
sédimenteront, et ce sera au tour des particules les plus
fines
(< 100 μm) dans un milieu
calme.
Quant aux éléments en solution, ils peuvent se
déposer de deux manières :
- soit par
précipitation chimique,
à partir d'une solution saturée
vis-à-vis d'une
espèce ionique concernée. Par exemple, la
réaction
suivante permet de précipiter les ions calcium et carbonate
tout
en formant de la calcite solide ; c'est la réaction de base
à la constitution d'un calcaire chimique :
Ca2+
+ 2 (HCO3-)
<> CaCO3
+ CO2 +
H2O
En milieu marin, la formation de
calcite est commandée par une baisse de la teneur de CO2 dans l'eau. En milieu
continental, c'est par simple saturation d'une solution riche en ions Ca2+ et HCO3-, dans les régions
dites "calcaires".
- soit par
fixation biologique
: beaucoup d'organismes et micro-organismes aquatiques
présentent un test, une coquille ou un squelette
édifiées grâce à des
éléments
dissous dans leur milieu environnant : calcium, silicium, phosphore...
Ainsi, certains présentent des squelettes siliceux, d'autres
des
squelettes carbonatés, et à la mort de ces
organismes,
leurs squelettes constituent alors des bioclastes et tombent au fond de
la mer pour constituer un dépôt
sédimentaire. A
gauche un foraminifère (micro-organisme marin), une
globigérine à test calcaire ; à droite
une
radiolaire (idem) à test siliceux (cliquez pour agrandir) :
Dès lors on obtient au fond des réservoirs
(océans, lacs et autres bassins) des couches sédimentaires plus ou
moins
horizontales selon l'agitation du milieu. Le sédiment est
meuble et gorgé d'eau, et pour le transformer en une roche
sédimentaire consolidée, il manque la
dernière
étape, à savoir la diagenèse. Le
sédiment
est enfoui petit à petit sous d'autres sédiments
plus
récents, de cet fait, il subit une compaction et voit
diminuer
sa teneur en eau au fur et à mesure de cet enfouissement. En
effet, à partir de l'eau restant dans les pores
situés
entre les éléments du sédiment, on
aura une
précipitation chimique de minéraux par
saturation, qui
vont lier ces éléments entre eux : c'est la
formation
d'un ciment. On peut également former de nouveaux
minéraux, notamment par recristallisation ; ainsi, pour les
carbonates de calcium, l'aragonite, instable, constituant principal des
tests carbonatés d'organismes aquatiques
disparaîtra au
profit de la calcite, de même formule chimique mais de système cristallin différent, et stable
dans
les nouvelles conditions de pression. On parle d'épigénie.
De la succession de toutes ces étapes naît... une
roche sédimentaire !
Etude de la roche
Les constituants élémentaires
Il existe en gros deux types de constituants
élémentaires d'une roche sédimantaire :
- les
éléments figurés
(EF) sont les particules individualisées ; ce sont la
plupart du
temps les anciens clastes, qui ont parcouru tout le petit chemin
ci-dessus pour terminer dans la roche sédimentaire !
Généralement il en existe plusieurs types
différents dans une roche, définis par leur
nature
minéralogique, leur taille, leur abondance relative par rapport aux
autres EF
et leur origine (détritique terrigène,
squelettique,
produits de précipitation chimique...).
- le
liant, qui comme son nom
l'indique fort exactement, lie entre eux les EF. C'est un
matériau aphanitique : homogène, il ne
présente
aucun élément discernable. Il est
caractérisé par sa nature
minéralogique, son
abondance par rapport aux EF, et son origine : il s'agit soit d'une
matrice (formée en même temps que les EF) soit
d'un ciment
(précipité dans les pores du sédiment bien après
le
dépôt) ; la distinction est souvent
difficile.
Petite visualisation avec cette roche ci-dessous (cliquez pour
agrandir) :
Les caractères texturaux
Ils concernent en premier lieu les EF : leur forme traduit la
durée globale du transport. Plus ils sont arrondis et
émoussés, plus celui-ci a
été long, et plus
la zone d'ablation est relativement éloignée.
De plus leur taille est un critère très
important, tant
pour le classement et la nomenclature de la roche que pour la
détermination du milieu de dépôt, car
on a vu que
plus celui-ci était agité, plus les
éléments déposés sont gros.
Pour classer
les EF, on se base sur la classification de Wentworth :
| Diamètre ø
des EF |
ø
<
4 μm |
4
< ø
<
8 μm |
8
< ø
<
16 μm |
16
< ø
<
32 μm |
32
< ø
<
64 μm |
64
< ø <
125 μm |
125
< ø
<
250 μm |
0,25
< ø
<
0,5 mm |
0,5
< ø
<
1 mm |
1
< ø
<
2 mm |
2
< ø
<
4 mm |
0,4
< ø
<
6,4 cm |
6,4
< ø
<
25,6 cm |
ø
>
25,6 cm |
| Type d'EF |
Lutites |
Arénites |
Rudites |
| Nom des EF |
Argiles |
TF |
F |
M |
G |
TF |
F |
M |
G |
TG |
Granules |
Graviers |
Galets |
Blocs |
| Silts |
| Nom de la roche |
Pélites |
Sables
Grès |
Conglomérats |
| Argilite |
Siltite |
TF =
très fines ; F = fines ; M = moyennes ; G =
grossières ; TG = très grossières
De même le tri des EF
est important car il reflète
lui
aussi la dynamique du milieu : dans tri, comprenez plutôt
l'homogénéité de la granulométrie d'une
roche. Si on y trouve que des particules de même taille, le tri
est excellent. Si on trouve des grains concernant toute la gamme de
granulométrie, le tri est très mauvais.
De même on détermine un type textural pour la
roche (noms
en majuscule et en gras), qui traduit en fait les relations entre
granulométrie, EF et liant. Il reflète lui aussi
les
conditions de dépôt. Ca devient vraiment complexe,
mais
c'est juste pour info :
| EF : Arénites |
EF : Rudites |
| Proportion d'EF < 10 % |
Proportion d'EF > 10 % |
EF non jointifs |
EF jointifs |
| EF non jointifs |
EF jointifs |
| Présence d'un liant |
Pas de liant |
FLOATSTONE |
RUDSTONE |
| MUDSTONE |
WACKESTONE |
PACKSTONE |
GRAINSTONE |
Les caractères structuraux
Ils traduisent les variations spatiales de la texture ; ils prennent
naissance lors du dépôt du sédiment et
postérieurement. En voici quelques-uns de notables et
fréquents :
- couleur de la roche, importante tout de
même !
- cassure de la roche (lisse,
rugueuse, conchoïdale...), qui peut refléter la
proportion
EF / liant notamment dans les grès (voir plus loin)
- micro-stratifications au sein
d'une même roche, créés par la
succession
d'épisodes de dépôt : litage (cm) ou
lamination (mm)
- stratifications obliques :
à
l'échelle d'un affleurement, il s'agit de strates
différentes se recoupant les unes les autres. Leurs surfaces
ne
sont pas parallèles, même si aucun bouleversement
d'ordre
tectonique n'est venu les déplacer. Cela traduit une forte
agitation du milieu de dépôt
- granoclassement des EF : si il
est présent, il peut traduire un dépôt
effectué par décantation
- bioturbation :
perturbation de la
texture par l'activité d'organismes qui vivaient
à la
surface du sédiment ou au sein de celui-ci (pistes,
galeries,
terriers...)
Avec tou t ça, on peut décrire assez
précisément une roche sédimentaire et
en effectuer
la nomenclature. Mais ces caractéristiques servent
également à l'élaboration d'une
reconstitution du
milieu de sédimentation.
Milieux sédimentaires
Pour déterminer les milieux de sédimentation dans lesquels s'est fait le dépôt, on peut utiliser les
différents critères ci-avant. La
granulométrie est un critère très
important, en effet, plus les EF sont gros, plus le milieu
où ils se sont déposés
était agité (conséquence directe des
infos données par le diagramme de Hjulström). De
plus, si le sédiment est bien classé en terme de
granulométrie, cela n'a pas la même signification
que si elle est très
hétérogène : cela implique un
déplacement suffisamment long pour éliminer
toutes les autres classes de particules.
L'émoussé est très utilisé
également : si les EF sont très anguleux, ils ont
été peu transportés, en revanche des
EF très émoussés ont
été très abrasés donc ont
subi un transport bien plus long depuis leur lieu de formation.
Cependant il faut se méfier car des
éléments anguleux peuvent découler de
la fragmentation durant le transport d'éléments
émoussés... Une étude à la
fois de la granulométrie et de
l'émoussé est dans ce cas très
judicieuse.
La nature minéralogique de la roche est bien sûr
importante. Ainsi en règle générale,
les roches carbonatées sont formées en milieu
marin, alors que les roches détritiques sont continentales
ou littorales : conglomérats de piémont,
grès fluviatiles, sables d'accumulation
deltaïque... Certains minéraux se forment quant
à eux dans des conditions très
particulières. Ainsi, la glauconie (mélange
d'argiles) ne se forme qu'en milieu marin, entre 50 et 1000
mètres de profondeur ; le gypse, l'anhydrite, la halite sont
des minéraux typiques de précipitation chimique
seule, cristallisant à partir d'une solution
sursaturée, et termes majeurs des évaporites ; la
présence de sulfures comme la pyrite, la chalcopyrite, la
blende, la galène, indique un milieu très
réducteur ou l'ion O2- a été
substitué par l'ion S2-, etc.
Les fossiles présents dans les roches
sédimentaires sont de grande importance. En effet les
animaux ont souvent un habitat bien spécifique, qui permet,
lorsqu'on le connaît et qu'on a identifié la
bestiole, de reconstituer le paléoenvironnement de
dépôt.
Voici différents milieux de dépôt importants :
- le milieu continental : la
sédimentation peut y être très variée. Elle
comprend la pédogenèse (formation des sols), la
sédimentation éolienne (abrasion des particules formant
des déserts rocheux ou reg et dépôt formant les
déserts sableux ou erg), la sédimentation glaciaire
(dépôts de moraines variées, de molasses), la
sédimentation lacustre, la sédimentation fluviatile
(à faciès souvent sableux, riches en traces de chenaux,
laminations, stratifications obliques... mais aussi argileux de plaine
alluviale d'inondation) et fluvio-marine (estuaires et deltas ainsi que
tous les complexes littoraux : barres sableuses, dunes, etc.).
- le milieu lagunaire qui
conduit souvent à la formation d'évaporites. Il faut pour
cela des conditions un peu particulières, notamment des bassins
très fermés, voire endoréiques (sans apports
fluviatiles), des lacs salés peu profonds en tout cas, où
l'évaporation de l'eau est possible et entraîne la
sursaturation en sels dissous. Il peut s'agir de lacs sublittoraux
séparés de la mer par une barre sableuse ou seuil.
- le milieu de plate-forme :
zone de transition entre continent et milieu marin profond, elle
concentre une sédimentation très abondante, mêlant
apports détritiques continentaux et sédiments franchement
marins, très influencée par l'activité biologique
(benthique et pélagique) qui y est très abondante. Au
plus près du littoral où la zone est agitée, on
retrouve des particules grossières, des oolithes, etc. Plus au
large, on peut déposer des argiles et des carbonates, donnant
des marnes, typiques de ce milieu. Les plates-formes carbonatées
sont souvent aussi assez caractéristiques : elles peuvent
être construites (barrières récifales) ou bien se
constituer simplement d'accumulations de tests carbonatés
donnant des calcaires par la suite.
- la zone du talus et du glacis continental :
c'est le domaine des turbidites, écoulements sous-marins de
sédiments détritiques terrigènes le long du talus,
souvent au large de deltas ou d'estuaires, et qui s'épandent au
niveau du glacis sous forme d'éventails détritiques
profonds.
- le milieu océanique profond
: les sédiments qu'on y trouve sont la plupart du temps
d'origine biogénique (tests de micro-organismes, siliceux ou
carbonatés) avec en plus des argiles apportés par les
vents. Cependant, en-dessous de la lysocline ou couche de compensation
des carbonates, ces derniers sont totalement dissous et on n'en trouve
donc plus du tout.
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